Chapter 1 - Concours Pulsely Stories
Mon bébé, ma précieuse fille...
Oh, tu as faim ? Cesse donc ces pleurs, maman va bientôt avoir de quoi te nourrir. Bientôt...
Tu as pris une vilaine couleur verte. Je devrais te laver à la rivière.
•••
Sur le chemin vers la place du marché, deux sœurs et leur nièce discutaient des dernières merveilles qu'elle comptaient se procurer dans cette grotte à trésors. Elle engloutissait l'argent pour le transformer en tissus de tous horizons, en aliments de ce que la terre produisait de plus juteux et bon, sans oublier les fabrications bijoutières en coraux et pierres de toutes sortes. Alors que l'une et l'autre y allaient de quelle couleur sierait le mieux à la broderie qui ornerait leur karakou, leurs yeux affûtés remarquèrent une silhouette voûtée marchant à contre courant. Son voile jeté avec négligence sur ses épaules, sa robe trouée de toute part et ses bras qui protégeaient un nouveau-né enrobée dans un tissu rouge délavé la rendaient reconnaissables où qu'elle allait.
<< - Regardez, c'est la pauvre dame... >>
Face au regard interrogateur de la plus jeune, la deuxième femme s'occupa des explications d'un air affligé.
<< - Sa fille a été kidnappée alors qu'elle tétais encore. Des brigands, il paraît. C'était il y a cinq ans déjà. Couplé avec la mort de son mari, elle ne s'en ai jamais relevé. >>
La première soupira en pressant sa main contre sa joue pour l'emphase, avant de lancer le dernier ragot qui lui traversa la tête. La nièce se pencha plus profondément vers sa tante, la confusion parcourant son visage juvénile.
<< Mais alors, que porte-t-elle entre ses bras... ? >>
•••
Elle bondit entre les sacs de semoule et zigzaga entre les passants et leurs ânes avec une dextérité que lui permettait son petit âge. On ne pouvait dire que son poursuivant, un marchant bien dans la trentaine connaissait le même succès dans sa course. La petite fille serra contre elle les deux kesras qu'elle avait subtilisé et, prenant une petite bouchée au passage, escalada une maison de terre grâce à la rampe qui soutenait une échoppe.
<< - Petite voleuse ! Fulmina l'homme en contre-bas rouge de colère. Redescends tout de suite que je te coupe la main ! >>
L'enfant lui tira la langue en écarquillant les paupières avant de descendre deux toits plus bas sur une ruelle peu fréquentée. Par un jeu de dédale labyrinthique dont les enfants de rue avaient le secret, elle avait réussi à semer le marchant.
Comme s'il attendait ce moment précis son ventre émit une plainte monstrueuse. La petite souria et ne refusa pas l'invitation, cassant la kesra encore chaude entre ses dents d'un air délicieux. Alors qu'elle poursuivait son chemin pour rejoindre sa petite base secrète, elle percuta une femme de plein fouet. D'où était-elle apparue ?! Était-elle si affamée qu'elle n'avait plus prêté attention à son entourage ? La dame avait un air de revenante qui lui fit froid dans le dos. Il serait sage de s'en éloigner sans trop faire d'histoires...
En parlant d'histoires, voilà que trois enfants des rues venaient d'apparaître des deux coins de la ruelle. Pas besoin de mots. Elle avait assez vécu dans le même milieu et répété l'opération pour savoir qu'ils cherchaient à lui voler son repas. Alors que le garçon lui récitait ses menaces, la petite fouilla les lieux à la recherche d'une crevasse ou corde à lingue pour se hisser sur les murs. Rien... c'est alors qu'une idée ridicule lui traversa l'esprit.
<< - Maman ! J'ai peur ! >>
La dame s'ébranla sous les secousses de la fille qui tirait soudain ses jupes. Elle observa l'enfant d'un air confus, comme si elle venait d'être réveillée d'un long sommeil.
<< - Peuh ! Pesta le garçon. T'croix qu'on sait pas qu't'ais orpheline comme nous ? Donne le pain !
- M-maman... ! >>
Mince, le stratagème ne fonctionnera pas ! Vite, une autre solution...
Elle sentit une main rugueuse attraper la sienne dans une douce étreinte qu'elle n'avait jamais encore ressentie.
<< - Que voulez-vous à ma fille ? Hors de ma vue ou j'appelle les soldats !
- Hé, viens on se barre... >>
Les trois enfants évaluèrent rapidement les pours et les contres avant d'opter pour une retraite stratégique.
La fillette n'en croyais pas ses yeux. Ça avait fonctionné ? Al hamdoulilah !
Ce fut à son tour d'être surprise par la poigne de la dame qui la tirait dans une direction inconnue. Pour une certaine raison, elle ne résista pas. Elle se laissa entraîner par cette mystérieuse femme qui lui tenait la main plus chaleureusement qu'aucun être humain ne l'avait encore fait.
Rapidement, elle atteignirent sa maison. La porte tenait à peine, des brèches laissaient entrer le vent et la poussière, mais c'était tellement mieux que la cachette qu'elle s'était dégotée. La dame l'invita à entrer et la petite fille ne se fit pas prier. L'intérieur était parcourut par les rayons chatoyant du soleil matinal. En voyant la dame courbée vers une théière, elle eut une vision fugace. Cette dame qui lui préparait du thé était sa mère. Elle l'aiderait à brosser ses cheveux, lui dirait combien elle l'aimait, lui expliquerais pourquoi les filles de son âge aimaient se draper de beaux tissus verdoyants. Une vision stupide, vraiment. Mais elle voulait s'y accrocher.
Le tout servis à même le sol, la dame ne l'invita pas. La petite sentit un malaise s'installer dans ce petit silence, avant de s'enquérir d'un signe de tête :
<< - Je peux la porter ? >>
Une joie indescriptible parcourut le visage aminçis de la dame. Elle lui tendit l'enfant enrobé de rouge, la petite sentit son poids se transférer sur ses bras.
Ses entrailles se comprimèrent alors que le "bébé" tomba et roula au sol, la couverture d'un rouge délavée tapissant le sol comme un filet de sang serpentant dans l'eau.
Ce... ce n'était... que deux pommes. Une couleur verte s'était emparée de leur jolie peau jaune. La moisissure venait juste de débuter, mais elle ne tarderait pas à pourir les boyaux du fruit et le faisander.
<< Mon bébé ! S'élança la dame en prenant les deux pommes doucement. Mon bébé ! Ne pleure pas, tout va bien !
- Je... j-je...>>
La peur et le dégoût s'étaient mêlées en une forme pâteuse entre ses côtes et cherchaient désespérément à remonter et sortir. Non, ce n'était pas comme cela que ça devait se passer. L'espoir d'une nouvelle famille qui l'acceuillerait venait tout juste de naître en elle. En l'espace de ces quelques petites secondes de bonheur, elle s'était imaginée grandir dans l'étreinte d'un cœur meurtri comme le sien, rire et sautiller à nouveau comme une enfant avec des parents, une maison, une vie normale.
Cet espoir fugace s'envola aussitôt. Ses yeux tremblèrent alors qu'elle hésitait entre s'excuser profusément ou prendre ses jambes à son cou. Elle fit un pas en arrière car la dame se pencha violemment dans sa direction. Mais elle ne la frappa pas, entre ses bras la petite fille put la voir ramasser les pommes et parler d'une voix douce :
<< - Chuuut. Tout va bien. Regarde, ta petite sœur va te consoler. >>
La dame enveloppa les deux pommes dans le tissu et tendit le bébé à la fille. Alors qu'elle s'attendait à la voir rouge de colère, la dame avait ce visage inquiet parcourut de sollicitude et bienveillance lorsqu'une mère veut rassurer son enfant qu'une blessure n'est pas si grave que cela. C'est peut être ce qu'elle cherche à persuader son cœur en le nourissant de cette douce illusion au goût de tarte au pomme. La petite fille ravala sa salive, essuya ses mains moites sur sa robe peinte aux couleurs de la rue.
Peut-être se trompais-t-elle. Peut-être que ce n'était pas si étrange que ça, de prétendre que des fruits moisis pouvaient se substituer à des enfants. Et au fond, étais-ce si important ? Elle venait de devenir fille et sœur, pourquoi gâcher cette nouvelle vie pour des détails ?
La petite fille prit sa grande sœur entre ses bras et la secoua doucement comme un croissant de lune, les yeux de leur mère pétillants de bonheur en observant ce joli tableau d'amour fraternel.
<< Assalam aliki, moi c'est ta petite sœur Firdaws. Enchantée, sussura-t-elle à ses petites oreilles. >>
Et ainsi, dix ans passèrent.
Le dos de la jeune fille craqua quand elle se releva. Labourer un champ n'était pas chose aisée pour le dos, et de même lorsqu'il s'agit d'extraire feuille par feuille les plantes prêtes à être asséchées pour le remède de sa mère.
En parlant de cette dernière, elle venait de rentrer à la maison. Les choses s'étaient améliorées pour elles ces dernières années. Elles mangeaient à leur faim et avaient réparé les trous de leur porte, mais surtout sa mère avait doucement recouvert la raison. Elle ne prétendait plus que deux pommes dans un tissu étaient son bébé, bien que Firdaws surprenait des moments où elle fixait le panier de pommes d'un air absent.
L'odeur du thym, de la cannelle et du jasmin l'acceuillirent. Firdaws lui passa le salem avec un sourire radieux, que la dame ne rendit pas. Ses rides s'étaient creusées avec l'âge, mais Firdaws savait qu'autre chose noircicait son visage.
<< - Cache-toi. Vite !
- Ma-maman ? Mais pourquoi... >>
La dame ouvrit un baril habituellement utilisé pour stocker l'eau. Heureusement ou malheureusement, l'eau en était presque vidée.
<< - Cache-toi à l'intérieur et ne fais aucun bruit. >>
Elle ne laissa pas la jeune fille le temps de protester qu'elle la poussa contre le baril et la porta presque pour la jeter à l'intérieur si son dos n'était pas si vieux.
<< - Pas un murmure, conclut-elle en fermant le couvercle. >>
Les ténèbres de l'intérieur engloutissaient sa vision. Elle était recroquevillée, le fond d'eau froide atteignant ses pieds et ses mollets. Firdaws était habituée aux petits pics de folie de sa mère, qui s'étaient faits de plus en plus rares ces trois dernières années. Tout de même, son instinct qui lui avait permi de survivre à la rue alors qu'elle n'avait pas plus de cinq ans lui soufflait l'intime conviction que la folie n'était pas autrice de ces lignes.
Elle se promis de ne faire aucun bruit. Soudain elle entendit la porte s'ouvrir dans un grand fracas. Deux voix d'hommes caverneuses et imposantes s'élevèrent. Elles ne laissaient aucun champ aux protestations.
<< - Par ordre de son éminence le Sultan, toutes les filles en âge de se marier seront présentées au prince. Sur le champ.
- Mon unique fille a été enlevée alors qu'elle n'avait pas encore toutes ses dents. Ah ! Soupira-t-elle d’un ton exagéré, si elle vivait encore elle aurait atteint ce bel âge. Elle aurait peut être plut à sa majesté le prince !
- Cessez votre farce. Nous savons de source sûre que vous receuillez une jeune fille chez vous.
- Je ne suis qu’une pauvre dame sénile. Qui accepterais de rester avec moi ?
- Dernier avertissement, Firdaws crut entendre le sifflement d’une épée glissant de son fourreau. Où se trouve la jeune fille ?
- Oh, Rislan ! Ce que je ne donnerais pas pour te retrouver mon bébé ! Oooooh ! >>
Firdaws serra les poigns. Ne pas faire de bruit, ne pas faire de bruit...
<< - Lâchez-moi, impolis ! Les hommes du sultan s’en prennent à des petites vieilles maintenant ? L’armée c’est plus ce que c’était ! >>
Un cri qui ressemblait à ceux qu’elle poussait quand la toux lui malmenait les poumons. N’y tenant plus, la jeune fille sauta du baril.
<< - Lâchez-là !
- C’est elle, lança le garde à son acolyte.
- Nous vous emportons toutes les deux. Vous ferez exemple pour ceux qui tentent de résister.
- Je t’avais dit de rester cachée !
- Tu ne peux pas me demander de rester les bras croisés alors que tu te fais battre, c’est au-dessus de mes forces ! >>
La dame soupira. Elle fit glisser ses doigts fripés entre les siens. Ne t’inquiète pas, Allah est toujours avec nous. C’était ce qu’elle lui disait à chaque fois qu’elles étaient dans une mauvaise passe ou que les derniers grains de semoule se retrouvaient être le nids des insectes.
Elles furent emportées à la suite d’une file de jeunes filles se dirigeant vers le port.
Attendez... pourquoi allaient-elles vers le port ? Pour rejoindre le château du sultan, ils devraient plutôt emprunter les routes terrestres...
Son cœur s’alourdit d’inquiétudes qui jaillissaient à flots les unes à la suite des autres en voyant la file rejoindre deux trois-mâts. Et si la situation était plus grave qu’il n’y paraît ? Si, en réalité, c'est hommes n’étaient pas vraiment les hommes du Sultan... après tout ils n’avaient que leur parole comme preuve ! Et ces vêtements auraient pu être procurés par des stratagèmes peu ragoûtant. Et puis, cet ordre soudain était vraiment étrange. Le Sultan n’était pas connu pour être injuste. Et s’il cherchait vraiment une épouse pour son fils, pourquoi venir dans cette ville portuaire où la plupart n’étaient que fille de pêcheurs ? Une histoire à la milles et une nuits ne justifierait rien, il n’était pas à la recherche d’une fille dont il ne connaîtrais que le soulier ajusté.
Mais alors, qui étaient vraiment ces hommes ? Et dans quelle sorte d’endroit allaient-elles exactement ? Firdaws n’avaient aucune envie de le découvrir. Il fallait faire quelque chose pour l’empêcher.
Elle lança son coude derrière elle pour l’enfoncer dans le ventre du garde. Profitant de sa douleur elle prit la main de sa mère et courut. Elle savait où se diriger : le dédale de ruelles était son terrain de jeu. Ce qu’elle n’avait pas prévu, c’était que les faux hommes du Sultan étaient postés partout. L’un avait surgit en embuscade là où elle avait viré pour semer leurs poursuivants. Elle était désormais encerclée des deux côtés de la ruelle, faite comme un rat. Firdaws évalua la situation rapidement. Elle ne pouvait plus se hisser sur une corde à lingue pour se retrouver sur les toits. Jouant le tout pour le tout elle tenta de se frayer une ouverture droit devant en jouant de ses coudes. Sans surprise la force des hommes surpassait largement la sienne. Elle se débattait tant que, perdant patience, l’un des hommes lui assena un coup qui l’envoya à terre. La dame la protegea aussitôt de son corps, prenant les coups suivants à sa place.
Sortant de leur torpeur ses acolytes l’arrêtèrent.
<< - Ne l’abîme pas ! Le gronda l’un. La vieille, tu peux en faire ce que tu veux. >>
Non.
<< - Pardonnez-moi ! Je ne me rebellerais pas, ne touchez pas à ma mère !
- Tu vois que ça peut rester tranquille quand ça veut. >>
À son grand dam Firdaws et sa mère retrouvèrent la file. Elles rejoignirent les filles dans une cave au fond de la coque, et le bateau largua les amares. Firdaws s’excusa profusément auprès de sa mère. Quelle fille ingrate, comment avait-elle put laisser cela se faire ! Firdaws était à cours de solutions. Il ne lui restait plus qu’à placer sa confiance en Allah et espérer que l’issue soit heureuse.
Quelques heures plus tard, une détonation retentit. Des voix paniquées et des pas secouaient les planches du bateau. En collant son oreille contre la porte, Firdaws put attraper des informations des voix étouffées. Les bateaux essuyaient une attaque. C’était l’occasion.
Firdaws entreprit d’expliquer aux captives ses conclusions. Effrayées, elles avaient refusé de prendre le risque de s’enfuir par elles-même. Elle ne pouvait leur en tenir rigueur. C’était incontestablement une gageur.
<< - Maman, je vais sortir. Je sais que c’est dangereux, mais Allah m’as donné le goût du risque. Je ne peux pas rester assise. Je ne t’en voudrais pas si tu restais ici.
- Ma fille, dit-elle en lui prenant la main. Quelle mère serais-je si je laissais ma fille bravir les dangers seule ?
- Maman... >>
Firdaws ravala ses larmes et acquiesça d’un air déterminé. Ya Rab, protège-nous ! Elle attendit que les voix s’estompent pour ouvrir la porte et sortir. Allah avait certainement placé un voile devant les yeux et les oreilles de leurs ravisseurs car personne ne les repéra jusqu'à pont.
Le vent transporta des effluves de sang et de poudre. Le bateau voisin était engloutit par les flammes, éclairant la nuit comme si le soleil cherchait à se lever. Firdaws ne laissa pas les cadavres lui faire perdre son objectif de vue. Elle parcourut le pont du regard à la recherche d’un canot de sauvetage, les trois-mâts en étaient toujours équipés.
Là !
Firdaws se retourna pour indiquer à sa mère leur porte de sortie. Ses yeux s’ecarquillèrent. Un "homme du Sultan" était sur le point d’abbatre sa lame sur sa mère dans son dos.
<< - NON !!! >>
CLING.
L’acier rencontra l’acier dans un spectacle d’étincelles sous le ciel étoilé aux reflets rouge des flammes.
Une silhouette s’était interposée et en quelques jeux d’épée impressionnants avait désarmé et transpercé la poitrine de l’assaillant. L’homme s’effondra dans une plainte guturale.
<< - Rien de cassé ? Je me demande bien ce que font deux jeunes femmes dans ce bateau. >>
Se retournant, les deux femmes purent enfin voir le visage de leur sauveur. Ou plutôt, sauveuse. Un sourire affichant toutes ses dents renforçait l’aura impressionante qui se dégageait d’elle. Dans sa posture et le ton de sa voix respirait la confiance et la force, comme un marin éduqué auprès de la férocité des vagues et la fougue des océans. Le foulard noué derrière son voile ainsi que sa tenue et la garde de son épée à la lame courbée disaient clairement le type de fonction qu’elle occupait. Et plus que tout, elle avait une tâche de naissance qui se formait en une grande tâche foncée sous son œil.
<< - Vous êtes des pirates ? S’enquit Firdaws d’un air préoccupé. >>
Décidément la situation allait en empirant. La femme au début de la vingtaine agrandit son sourire comme amusée par la panique silencieuse de la jeune fille.
<< - Étaient. Nous sommes les corsaires du Sultan. Aucun mal ne vous sera fait, si c’est votre question. >>
À peine finit-elle sa réponse que la corsaire releva son arme pour parer une nouvelle attaque. Deux hommes s’étaient regroupés contre elle. La corsaire répliqua férocement en prenant garde à éloigner les assaillants de ses deux protégées. Une attaque vers la droite, un coup de pieds dans l’abdomen, elle s’en sortait plutôt bien. Mais lorsqu’elle parrait un l’autre revenait à la charge plus forcément encore.
De son côté, Firdaws cherchait à droite à gauche un endroit où prendre refuge et ne pas déranger le combat. Mais partout où elle posait son regard étaient des cris et des hommes se jetant les uns sur les autres et des effusion de sang et d’entrailles se répendant avec parcimonie sur le pont. Rester immobile demeurait le meilleur choix.
Des secousses traversèrent son corps. Mais ce n’était pas elle qui tremblait. Le corps chétif de sa mère tremblait comme une feuille au vent, ses yeux exhorbités dévorant la jeune corsaire des yeux, ses bras tendus dans sa direction.
<< - Maman ?
- Ri-Rislan ! Rislan ! Gémissait-elle.
- Oh, vous avez été séparés ? Rétorqua la femme entre deux parades. À quoi ressemble-t-elle, que je la retrouve. >>
La corsaire avait certainement eu un accès de confiance qu’elle regretta bien vite. Les deux hommes s’étaient accordés pour frapper exactement au même moment, dans deux directions opposées. La femme convoqua tous ses réflexes et muscles pour dévier la trajectoire de la première lame puis frappa le bras du deuxième grâce à un coup de pieds magnifiquement administré.
<< - Attention ! >>
Ils devaient avoir prévu cela, car le premier profita de l’équilibre précaire de son adversaire pour la pousser de tout son poids. Elle percuta le plancher poisseux de sang de pleins fouet. Elle jura, renforça sa poigne sur la garde de son épée qui... avait disparu.
Des clochettes d’alarmes sonnaient dans la tête de Firdaws. Elle devait faire quelque chose, n’importe quoi... mais l’épée n’était pas la seule chose disparue en un éclair. Sa mère n’était plus à ses côtés ! Ya Rab, quel enchaînement d’épreuves terrible !
<< - Tu connaîtra la fin de ta légende ici ! >>
L’homme jubila en brandissant haut sa lame. Il allait être celui qui abatrait la corsaire qui faisait trembler tous les brigands de la côte et les flottes des pays voisins. Un acte qui tracera sans aucun doute le début de sa propre légende. C’est alors qu’il vit une vielle dame toute de noir vêtue foncer à plein régime sur son acolyte et... planter un couteau dans son flanc. La corsaire profita de cette miliseconde de déconcentration pour attraper l’homme par les bras, poser ses pieds sur son torse et le balancer derrière elle de toutes ses forces. Le temps de se relever, elle avait déjà récupéré son épée et envoya son adversaire à la rencontre de l’ange de la mort. Elle se retourna vers la dame : le deuxième assaillant nageait dans une marre de sang. Il ne s’en relevra pas. Elle essuyant la sueur de son front en poussant un bref soupire. Si elle n’avait pas deux personnes à protéger, le combat se serait conclut bien plus rapidement. Ironiquement, c’était aussi elle qui l’avait tirée d’un bien mauvais pas.
<< - Merci gente dame, tu m’as sauvé les miches. >>
Pour toute réponse la dame l’enveloppa dans ses bras dans une étreinte qui la prit de cours. Les hoquetements qui s’élevaient de son corps amincis la mirent vraiment mal à l’aise. Elle retourna maladroitement l’étreinte sous les "Rislan !" qu’elle répétait sans cesse.
<< - Ne vous inquiétez pas. Mes camarades se sont occupés des autres captives. Votre Rislan est certainement en sécurité parmi elles.
- Non, répondit Firdaws en s’approchant, la vérité enfin claire dans son esprit. Je croix que Rislan, c’est toi.
- Moi ? Mais je m’appelle pas... >>
La vielle dame prit le visage de la corsaire entre ses deux mains pour le contempler. Ses yeux s’emplirent de larmes et elle souffla en un sourire rassuré, ses pleurs hachant sa voix tremblante.
<< - Tu as bien grandis, ma fille. Je savais que je te retrouverais. Alhamdoulilah, Alhamdoulilah ! >>
C’est là qu’une pensée lui traversa l’esprit. Peut être que la trace de moisissure dans la pomme était une façon de reproduire la tâche de naissance de son enfant. L’esprit humain fonctionnait de façon si intriguante, seul Allah en avait le secret.
La femme lança un regard interrogateur, presque suppliant à Firdaws. Le capitaine, son père de substitution lui avait raconté maintes fois comment il l'avait retrouvé aux mains de brigands qui l'avaient enlevés de son village. Mais malgré toutes ses questions il avait toujours refusé de lui en donner le nom. Si ce village était bien le sien, cela expliquerais les réserves du capitaine à prendre la mission du Sultan, et ce sentiment qui lui comprimait le cœur alors que cette dame inconnue la serrait contre elle, comme si son corps se souvenait de cette étreinte. Comme si son cœur avait retrouvé la moitié qui battait avec lui à l'unisson, celle dont elle connaissait intimement la chair car elle avait grandis à l'intérieur d'elle.
À cet interrogatoire silencieux, Firdaws se contenta d'hôcher la tête. La corsaire serra ses bras autour de cette mère dont elle ne connaissait ni le nom ni les épreuves qui avaient secoués sa vie, mais qui était incontestablement là. Allah les avat réunis dans cet endroit improbable.
Un cor retentit, signifiant la victoire des corsaires sur les faux hommes du Sultan.
Les corsaires et les captives retournèrent tous au village. Par la grâce d'Allah toutes les filles étaient indemnes, les pertes chez les corsaires minimes. Malgré quelques premières réticences, le récit de ces premières sur la galanterie et la bravoure des derniers acheva de convaincre le village de lancer les festivités pour célébrer la victoire du bien sur le mal.
Firdaws, sa mère et la corsaire se baladaient dans les rues animées de darbouka et chants populaires. La dame avait retrouvé de ses couleurs et parlait sans cesse à sa fille retrouvée comme pour rattraper le temps perdu. La prenant à part pendant que la dame racontait à chaque marchant l'identité de la corsaire, Firdaws s'enquit :
<< - Sinon, comment tu t'appelle ? >>
La corsaire coula un long regard affectueux sur les rides striant le visage de la vieille dame.
<< - Je croix qu'à partir d'aujourd'hui, c'est Rislan.
- Vraiment ? S'étonna le marchand. Pour célébrer cette heureuse réunion je vous fait deux pommes pour le prix d'une !
- J'ai connu moins avare, rétorqua-t-elle en lançant deux pièces. Je vous en prends quatre.
- Pour qui est la quatrième ?
- Pour mon père. Je lui ai tout raconté. Il a hâte de vous rencontrer. >>