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Entre Deux Mondes
Halal Romance

Entre Deux Mondes

by Sakinah Sabr

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Original language: Français

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Chapter 1

Il restait exactement cinq jours avant le retour de Fouad à Montréal. L'idée de repartir commençait à l'habiter plus intensément : les valises pas encore prêtes, les papiers presque en ordre, et ce pincement au cœur qui se faisait sentir chaque fois qu'il regardait ses parents ou ses sœurs.

 

Il avait passé presque toute sa vie en France, ici, en banlieue parisienne. Entre les gens qui poussent pour monter dans le métro alors que le suivant arrive dans deux minutes , les personnes aigries, et la baguette achetée tous les quatre matins malgré la lassitude. Il y avait dans tout ça une sorte de chaos familier, typiquement français. Et malgré tout, il aimait bien cette vie.

 

Mais il ressentait le besoin de changement, de nouveauté. C'est pour cela qu'après son Bachelor universitaire, il a choisi de poursuivre un master non pas en France, mais à Montréal, dans une école nommée "Institut Nova Business & Management".

 

L'intégrer n'a pas été facile : entre les entretiens, les démarches administratives, et son dossier scolaire assez moyen, il a tout misé sur sa motivation et sur les duaa. 

 

Car même si ses chances étaient faibles, il savait qu'Allah n'abandonne jamais un cœur sincère, surtout quand l'intention est de rendre fiers ses parents et d'aider les autres autour de lui.

 

C'est ce qui lui a donné la force de viser ce qu'il croyait trop grand pour lui... mais qui, avec l'aide d'Allah, s'est révélé à sa portée.

 

Après avoir passé un an là-bas, il est heureux de revenir souffler un peu. Il ne lui reste plus qu'une dernière année à faire avant de terminer son cursus, et il s'est promis de profiter pleinement de ces quelques jours en France avant de repartir pour achever son parcours.

 

Et aujourd'hui, c'était journée off : pas de sorties, pas de courses, pas d'administratif. Juste la maison, la famille, et l'improvisation.

 

Vers la soirée, alors qu'il était posé sur le canapé en train de regarder TF1 , Nour, sa sœur de 8 ans, débarqua dans le salon comme une tornade.

 

- Fouaaaad ! cria Nour. On a dit que c'est toi qui cuisine aujourd'hui ! Mama et Baba arrivent dans 2h, ils s'attendent à un vrai repas à la Master Chef faut faire le plat principal et le dessert ! On a plus le temps là ! 

 

- Attends... Quoi ? Depuis quand c'est moi ?!"

 

Il eut à peine le temps de protester que Nour l'agrippa par les bras, et le voilà prisonnier du plan diabolique. Il finit en tablier, coincé avec Nour qui cassait déjà les œufs en mettant la moitié des coquilles dedans.

 

- La soirée risque d'être longue...  soupira Fouad

 

Pendant ce temps Fathia était debout devant le miroir de la salle de bain, en pyjama. Elle tenait dans une main un peigne à dents larges et dans l'autre le nouveau sérum d'Aromazone. Ses boucles épaisses, denses, tiraient un peu sur ses bras, comme si elles luttaient avec elle. Elle souffla longuement.

 

-Ya Allah... chaque boucle a son propre caractère... murmura-t-elle, un sourire fatigué sur les lèvres.

 

Cela faisait presque une heure qu'elle y était, section par section, démêlant doucement, réhydratant, sculptant ses boucles comme une œuvre vivante. C'était dur, oui, mais elle ne céderait pas. Pas aujourd'hui. Pas demain non plus malgré tout.

 

Elle observa son reflet avec attention. Sa peau couleur miel profond, ses traits hérités du Ghana, et cette couronne de cheveux qu'aucun lissage indien ou brésilien ne viendrait dompter. Pas parce qu'elle n'en avait pas les moyens mais parce que ses cheveux, c'était elle. Tout comme son voile était devenu elle. Une femme musulmane, noire, fière, debout face aux préjugés et aux regards pesants.

 

Oui, parfois c'était compliqué. Les commentaires quand elle était petite : " Tes cheveux sont spéciaux", les questions maladroites aussi : " Pourquoi tu ne penses pas à te lisser, c'est plus propre quand même c'est raiment impossible a coiffer". 

 

Mais elle avait appris à répondre par le silence et par la beauté naturelle de ses boucles parfaitement définies qui étaient désormais sa fierté. Du collège au lycée avec ses différents coiffure et son assurance de caractère, les gens ne pouvaient qu'admirer cette beauté africaine qu'elle incarnait dans sa banlieue parisienne. Elle a fait semblant jusqu'à ce que ça devienne vrai. et quand elle se sentait moins belle que les autres elle se remémorait ce vieux proverbe qui dit " La lune et le soleil ne se ressemble pas mais elles sont toutes le deux belles". 

 

Ce proverbe elle s'en remémore encore plus maintenant étant donné qu'elle s'est voilé la première année post bac, ce voile renforce la différence et cache une certaine beauté pour en divulgué une autre certes mais elle n'était pas la seule en France à faire face aux difficulté et à la douceur de mettre ce voile et puis n'est ce pas une bonne chose que les gens puissent enfin distinguer de quelle communauté elle appartient ?

 

"Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles. Cela est plus propre, afin qu'elles soient reconnues et ne soient pas offensées. Et Allah est Pardonneur et Miséricordieux."

(Coran 33:59)

 

Satisfaite, elle s'apprêtait à passer un peu d'huile légère sur ses pointes quand un grand BAM suivi de rires étouffés retentit depuis la cuisine.

 

Elle se figea.

 

- Fouad ? lança-t-elle, sur ses gardes.

 

Un autre bruit. Cette fois-ci quelque chose qui ressemblait à un couvercle qui rebondit contre le sol.

 

Elle accourut pieds nus, descendant les escaliers en se faisant un chignon à la va vite.

 

Et là, elle les vit.

 

Fouad, en tablier, tenant une louche trempée dans ce qui semblait être une sauce rouge douteuse, et Nour, leur petite sœur, couverte de farine, un fouet à la main. Le sol ? Une mosaïque de légumes, d'épluchures et de riz.

 

- Vous êtes sérieux là ??!

 

Fouad leva les mains, faussement solennel et Nour éclata de rire, les joues pleines de pâte à beignet.

 

Fathia leva les yeux au ciel puis éclata de rire à son tour.

 

-  Mama et Baba vont vous détruire, on doit arranger tout ça et vite !

 

Tout en riant, elle attrapa une serviette pour essuyer le plan de travail. 

 

Même dans ce chaos hilarant , elle ne perdit pas le nord, elle regarda l'horloge accroché au mur de la cuisine, il ne restait plus qu'une heure avant que ses parents ainsi que Sabrya l'autre petite soeur de Fouad et Fathia arrive.

 

- Nour, arrête de chanter du Oshi no Ko avec la louche, on est pas dans un clip musical là ! s'exclama Fathia.

 

- C'est pas une louche, c'est un micro de star ! Je suis Nour la diva ! 

 

- Fouad, ton oignon est pas censé être noir hein.

 

- C'est pas noir, c'est caramélisé .

 

Ils cuisinaient du Jollof rice à leur manière : sans règles, sans chrono, mais avec beaucoup de rires. Nour faisait des blagues sur la façon dont Fouad pleurait en coupant à nouveau les oignons, tandis que Fathia essayait de sauver ce qui pouvait l'être dans la poêle.

 

Vers 20h, toute la petite famille se réunit dans la salle à manger. Le plat était presque bon, selon leur mère  "pour un premier essai" et leur père plaisanta : "Au moins, personne n'a été empoisonné, c'est un succès." 

 

Fouad se sentait léger. Heureux. Il profitait de chaque seconde, surtout de ce genre de repas où tout le monde parlait en même temps, où les anecdotes surgissaient sans prévenir.

 

Mais soudain, son père se leva et tapota son verre avec une cuillère.

 

- Fouad, avant que tu partes, ta mère et moi, on a quelque chose à te dire.

 

Fathia tourna légèrement la tête, un sourire en coin. Nour s'agitait sur sa chaise, les yeux brillants d'excitation et Sabrya elle gloussait déjà pensant à la tête que ferait Fouad en entendant la nouvelle.

 

- C'est une surprise ! ajouta leur mère.

 

Fouad arqua un sourcil.

 

Attendez... vous avez pas l'intention de m'envoyer avec Nour en bagage soute, hein ?

 

- Non mais presque. ajouta Sabrya 

 

Et là, Nour n'en pouvait plus.

 

Elle leva la main comme à l'école et hurla :

 

- C'est Fathia ! Elle part avec toi à Montréal pour faire ses études ! Tadaaaaa !

 

Un silence s'abattit. Lourd et à la fois léger. L'esprit de Fouad à été pris au dépourvu.

 

- Quoi ?!

 

Il tourna la tête vers Fathia, mi-gênée mi-morte de rire, puis vers ses parents qui secouaient la tête en soupirant.

 

- On voulait te le dire doucement... dit le père en soupirant. Mais Nour ne sait pas garder un secret plus de trois heures.

 

Fouad sentit une bouffée d'émotions remonter. D'abord l'étonnement. Puis la confusion. Puis un petit vent d'inquiétude. Il repensa à ces derniers jours. Oui, il y avait eu des signes. Des conversations à voix basse entre ses parents et Fathia. Des papiers sur la table du salon qu'on lui disait de ne pas toucher. Même le fait que Fathia posait plus de questions que d'habitude sur la vie à Montréal, les logements, les inscriptions.

 

Il secoua la tête.

 

- Attendez, vous êtes sérieux ? Elle va vraiment venir avec moi ? 

 

- Oui, dit sa mère avec douceur. Elle a été acceptée en master en Digital Business / E-commerce et dans la même école que toi ! Puis comme tu es déjà là-bas, on s'est dit pourquoi pas ? Elle n'aura même pas à chercher son propre appartement, elle vivra avec toi ! Vous vous aiderez mutuellement .

 

Fouad se mordit la lèvre. Il ne savait pas par où commencer.

 

- Je vous suit pas là, tu faisais du droit ! C'est quoi ce virage à 180° ?!

 

Fathia posa sa fourchette, droite et assurée et lui fit face avec un sourire fière d'elle

 

- J'ai toujours rêvé d'avoir ma propre marque de couture, dans un style Modest fashion, à mon image : élégant, pudique, affirmé. Bon c'est pas très original pour une voilé mais tu connais à quel point j'ai toujours été attiré par la mode mais je pensais qu'il n'y avait pas d'avenir là dedans donc je me suis forcé à m'orienter vers le droit. Mais plus le temps  avancait et plus j'ai peiné à continuer, j'ai validé avec justesse parce que je n'aime pas ce que je fais. J'ai fait une introspection sur moi même, sur la direction que je voulais donner à ma vie et j'ai décidé que j'allais faire ce qui me plait mais faut que j'ai des bases sur le domaines du marketing digitale. Je veux monter un projet avec mes propres règles, des règles compatibles avec l'islam, pas besoin de compromis.

 

- Mais pourquoi le Canada ? Il y a plein de master de ce type en France ! 

 

- J'ai trouvé un bon master en France qui pourrait me donner des compétences sur le marché mais après réflexion, continuer mes études en France ne m'enchante pas, j'ai besoin de défi et surtout d'un environnement totalement différent. Je ne peux pas voyager seule, j'ai besoin d'un mahram et ça tombe tu en es un plus ton école" Institut Nova Business & Management" propose différent cursus dont celui que je veux faire ! J'ai postulé , j'ai passé les tests, j'ai été acceptée, j'en ai parlé à Mama et Baba, ils ont dit oui. J'ai même un demi financement. Et  je t'avoue que savoir que t'es là-bas, ça me rassure un peu.

 

- Elle s'est vraiment débrouillé comme une grande ! Dit le père en hochant la tête impressionné

 

Il respira un bon coup. Il y avait un mélange d'angoisse, de responsabilité, et une petite joie qui se glissait. Il n'avait jamais imaginé partager cette aventure avec quelqu'un de sa famille. Il avait appris à vivre seul, à se débrouiller dans un autre pays, à construire un quotidien loin de ses repères.

 

Mais maintenant il ne serait plus seul. Fathia, c'était plus qu'une sœur, c'était son alliée dans tous les débats de salon, la seule à le battre à l'échec et à se rappeler les moindres détails de leur enfance.

 

Il esquissa un sourire.

 

- Je pensais pas que t'allais vraiment venir vivre avec moi, dans MON appart... ?

 

- Vu comment tu cuisines je pense que t'as vraiment besoin d'une présence féminine à tes côtés  Elle esquissa elle aussi un sourire complice 

 

Fouad soupira 

 

- Tu crois que Montréal c'est The American Dream ? L'hiver, tu vas pleurer ta race. Les trottoirs sont gelés, les cours sont à 7h30 du matin, tout coûte cher, et les gens, même s'ils sont sympas, ils vivent leur vie, vite. Et la solitude c'est réel.

 

Leur mère intervint, amusée par la scène.

 

- Tu n'as jamais été seul ! Allah a veillé sur toi parfaitement et maintenant ta soeur te rejoint ! Puis honnêtement, je sens une once de drama queen dans tes propos...

 

Fouad esquissa à nouveau un sourire, en effet sa mère l'avait bien cerné , il avait oublié de préciser que Montréal cette grande ville était une ville dynamique et multiculturelle, où l'on entend parler à la fois le français et l'anglais sur la même rue. Elle est connue pour ses universités prestigieuses, ses festivals, sa gastronomie variée et son ambiance artistique. Montréal offre un mélange unique de modernité et de traditions, avec des quartiers très différents les uns des autres. L'hiver y est long et froid, avec beaucoup de neige, tandis que l'été est chaleureux et animé. C'est une ville accueillante, surtout pour les étudiants et les nouveaux arrivants. Fathia qui aimait ce genre d'ambiance y trouverait ce dont elle cherchait depuis longtemps mais qu'elle n'arrivait pas à trouver dans sa banlieue parisienne : l'apaisement

 

- Bon, ben je crois que t'as intérêt à apprendre à faire ta lessive toute seule. Je suis pas ton concierge.

 

Toute la famille rit à chaude larme, Fathia était contente de la réaction de son frère qui au final avait décidé de se résoudre à sa présence à ses côté. Lui c'est l'ambitieux qui fonce la tête dans les idées. Et elle est celle qui planifie dans le silence. Mais les deux veulent la même chose : vivre mieux. Autrement. Et pas sans foi, pas sans Allah.

 

Nour, elle, s'exclamait encore et leva son verre d'eau :

 

- Bon... On lève notre verre à la future cheffe d'entreprise halal qui va squatter l'appart du garçon sans compétence en cuisine ! "

 

-  Hahaha très drôle Nour, on t'as jamais appris a respecter tes ainées ? dit il en gromelant

 

Le dîner reprit dans une ambiance détendue. Fathia posait mille questions sur l'appartement de Fouad, sur les papiers qui restaient à faire, sur la rentrée. Fouad sentait encore un petit nœud d'appréhension, mais la chaleur de leur complicité reprenait le dessus.

 

Et au fond, il le savait : même si ça bouleversait un peu ses repères, c'était aussi une chance rare. Avoir un bout de sa famille à ses côtés, dans un pays si loin, ce n'était peut être pas si mal.

 

Il regarda ses parents, Nour qui chantait avec la fourchette, Sabrya qui observait la scène de ménage avec un sourire en coin et Fathia qui tapotait déjà sur son téléphone pour lui montrer les achats pour le voyage.

 

Oui, ces cinq derniers jours allaient être précieux

 

Puis ce qui venait ensuite promettait d'être une nouvelle aventure.

 

 

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3 comments

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T

TFyllo

1 month ago

I love the family dynamics! Made me miss mine 〒▽〒

S

Sakinah Sabr

1 month ago

May Allah protect all your family 🩷 Memories are so precious 💞

T

TFyllo

1 month ago

Ameen Ya Rab al Alamin! Yep May Allah protect an bless our family! (∩▽∩)