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Entre Deux Mondes
Halal Romance

Entre Deux Mondes

by Sakinah Sabr

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Original language: Français

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Chapter 2

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L'agitation résonnait entre les murs de l'aéroport Charles de Gaulle. Roues de valises, voix dans les haut-parleurs, odeurs des différents fast-foods présents, tout se mêlait dans l'air tiède du terminal 2A.

 

Fathia resserra son khimar gris sur ses épaules, inspirant profondément. Cinq jours s'étaient écoulés depuis la révélation à Fouad devant la famille.

 

Tout était prêt. Enfin, elle partait. Du stress et de l'adrénaline étaient en train de se mélanger. En effet, non pas qu'elle n'ait jamais pris l'avion, mais souvent, voir toujours, la destination était la même : son pays d'origine, le Ghana.

 

C'était donc la première fois qu'elle allait loin de tout, loin de sa famille, loin de ses repères territoriaux, loin de tous ces codes sociaux appris du Ghana et de la France, et cela pour une durée d'un an, car elle avait choisi le master fast-track, qui lui permettrait de valider le diplôme plus rapidement que le cursus classique et donc d'être diplômée en même temps que son frère.

 

Elle avait tout prévu mais malgré le fait qu'elle s'est beaucoup documentée sur le Canada à n'en plus pouvoir fermer les yeux, elle avait peur.

 

- Ô Allah, je Te confie mon cœur, alors raffermis-le ; mon esprit, alors apaise-le ; et mon âme, alors rassure-la. Ô Allah, écarte de moi toute peur dont j'ignore la cause... chuchota-t-elle.

 

À ses côtés, Fouad avançait tranquillement, une valise à la main, l'autre glissée dans la poche de son cargo noir. Ses longues locks tombaient avec aisance sur ses épaules, encadrant un visage sculpté, sombre et lumineux à la fois. Sa peau mêlait un noir profond mélangé à des reflets dorés made in Ghana, et une beauté brute et calme qui attirait les regards malgré lui.

 

Une adolescente le fixait en chuchotant à sa sœur, les joues rouges. Il ne sembla pas remarquer, trop occupé à penser à son logement au Canada, qui n'était pas du tout prêt à accueillir sa sœur.

 

Le père de Fouad, qui remarqua que son fils avait l'air pensif, posa une main sur l'épaule de Fouad, le sortant de sa transe.

 

- Fouad, ne te mets pas trop la pression. Tu es son frère, ton seul rôle est de veiller à ce qu'elle ne se sente pas mal à l'aise dans cette nouvelle aventure. Tu dois veiller sur elle sans pour autant l'étouffer ! Mais après, comme on dit : "Allah nous suffit et Il est le Meilleur garant". Elle est grande, elle saura gérer du mieux qu'elle peut !  le rassura-t-il.

 

Tandis que la mère, les yeux humides mais le sourire doux, saisit la main de Fathia, qui sortit également de sa transe.

 

- Souviens-toi que tu viens de loin ! Ne laisse jamais les chuchotements du doute t'éloigner d'Allah. S'il y a une mosquée, vas-y ! Si tu as un moment pour lire le Coran, lis-le ! Si l'heure de la prière arrive, ne la retarde pas sans excuse ! Ton frère est un cadeau, écoute-le bien, s'il te met en garde c'est pour ton bien. Et d'ailleurs, pas de chamailleries inutiles !

 

Leur petite sœur de huit ans sautillait entre eux, très surexcitée, pensant sûrement qu'il y avait toujours une chance pour qu'elle puisse partir avec ses aînées. Elle comprendra bien vite qu'il n'y a aucune chance pour elle.

 

Sabrya, qui n'avait que 15 ans, comme à son habitude les observait en silence. Elle a toujours été quelqu'un d'introvertie, vivant et comprenant les choses qui se passent autour d'elle d'une manière incomparable à la vision des gens en général.

 

Elle est heureuse pour sa sœur qui va enfin prendre le devant sur son avenir, mais son visage trahissait un trouble. En effet, elle se souvenait encore de la conversation qu'elle a eue la veille du départ avec Fathia.

 

Elle s'était assoupie sur le lit de Fathia, et durant ce laps de temps court que peut durer une sieste, elle avait fait un rêve étrange. Sabrya rêva : elle vit Fathia marcher dans un désert silencieux, tenant un tissu blanc. Le sol devenait instable, et un arbre magnifique apparaissait, d'abord menaçant, mais ses fruits et ses branches exprimaient une douceur inattendue. Mais Sabrya, au loin, rappelait à Fathia de ne pas se laisser aller par cette dualité troublante.

 

Quand elle se réveilla, elle ne savait pas si elle devait mettre en garde sa sœur ou non, car après tout, ce n'est qu'un rêve. Mais combien de fois en islam, à travers de nombreuses histoires prophétiques, les rêves révèlent des parcelles d'une réalité encore inconnue pour l'instant ?

 

Mais cet arbre, qu'est-ce que c'était exactement ? Le tissu blanc, que signifiait ce symbole ? Pourquoi cet arbre oscillait-il entre une polarité extrêmement positive et négative à la fois ?

 

Toutes ces questions trottaient dans la tête de Sabrya sans pour autant qu'elle n'interprète le rêve, car elle s'est souvenu de ce hadith :

 

D'après Abou Razin Al 'Ouqayli (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit : " Le rêve du croyant est une partie des 46 parties de la prophétie. Il est comme accroché à la patte d'un oiseau tant qu'il n'est pas divulgué, et s'il est divulgué, il se réalise. "

 

Et puis elle avait lu dans un livre le témoignage d'une sœur qui faisait beaucoup de rêves, qui avait écrit ceci :

 

" On devient parano, au point où on vit en fonction de nos rêves, on a des a priori sur des gens ou sur des situations qui nous poussent à faire des choses que l'on n'aurait jamais pensé faire en temps normal, et par la suite on regrette, puis on rejette la faute sur Allah alors que c'est juste nous qui avons mal interprété. Parfois je faisais des rêves prémonitoires avec des moments très tristes, et quand cela se réalisait dans la vraie vie, j'avais cette impression de vivre deux fois la même douleur d'une manière intense. Le rêve prémonitoire faisait partie de ma vie quotidienne, et quand je n'en faisais pas, je pouvais éprouver une très grande tristesse qui pouvait mener à la dépression, car je ne savais plus comment agir face à cette personne ou face aux situations quand il n'y avait pas de rêve. Et donc, je devenais une cible facile du Sheytan. Pour moi, ce rêve était un guide de vie, un guide sur comment agir avec les personnes dans la réalité, alors que ce guide est écrit dans une langue que je ne comprenais pas forcément et que je ne pouvais traduire sans erreur. "

 

De peur de mal interpréter et d'inquiéter sa sœur, elle ne dit rien jusqu'à maintenant. Elle voulait juste glisser un sous-entendu en espérant que cela fasse écho dans son cœur.

 

- Fathia..., murmura-t-elle.
Sa sœur se retourna.


- Oui ?


- Mama a raison... et je voulais juste ajouter que quand le cœur hésite entre le bien et le mal, choisis le chemin du retrait, car Allah remplace ce que l'on laisse par ce qui est meilleur.

 

Fathia la fixa, troublée. Elle connaît sa sœur. Elle parle peu, mais ce qu'elle dit a forcément un sens et une source qui va au-delà d'un simple conseil qui a fusé entre ses neurones.

 

- Oui Fathia, fais comme moi ! À la cantine je délaisse la viande pas halal  trop berk  pour du poisson pané ! s'écria Nour.

 

Sabrya secoua la tête en souriant légèrement.

 

- C'est un bon exemple, Nour, je pense. Faut juste que je comprenne le bien derrière l'exemple.

 

Elles rirent à chaudes larmes. Trois sœurs avec un comportement et un caractère différents, mais malgré tout, aucune épreuve, aucune chamaillerie, aucune mésaventure ne pouvait casser un lien aussi solide qu'un lien né du sang.

 

Fathia voulut répondre à sa sœur, mais une voix appela leur numéro de vol. Il était temps d'enregistrer les bagages. Les adieux furent rapides, trop courts, mais pleins de douceur. Fouad salua son père avec un regard appuyé. Fathia serra longuement sa mère. La petite sœur pleurait à chaudes larmes quand Sabrya lui annonça qu'il n'y avait aucun moyen pour qu'elle se cache dans la valise de Fouad sans se faire cramer par tous les systèmes de vérification de contenu de bagage.

 

Ce n'était absolument pas un adieu, ils l'espéraient. Dans 4 mois, In shaa Allah, après le semestre, Fouad et Fathia auront deux semaines de vacances pour venir profiter avec leur famille et leurs amis en France.

 

Au moment où elle s'éloigna, Fathia sentit un poids invisible sur son cœur. Quelque chose était en train de commencer, mais quoi exactement...

 

Elle ne pouvait encore le nommer.

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